L’actrice, qui a l’habitude de parcourir le monde, parle de son nouveau rôle en tant que scénariste et réalisatrice d’une histoire d’amour tragique qui se déroule en ex-Yougoslavie.

Entertainment Weekly : "In the Land of Blood and Honey" marque vos débuts de scénariste et de réalisatrice. Qu’est ce que vous redoutiez-vous le plus dans ce projet ?

Angelina Jolie : Lorsque vous êtes acteur, vous ne pensez qu’à votre interprétation, vous vous concentrez sur une seule chose. Vous incarnez un seul personnage. Au contraire, lorsque vous écrivez quelque chose, c’est un peu comme si vous étiez un acteur jouant plusieurs choses différentes. Donc vous devez continuer à pousser votre personnalité et écrire à partir d’angles différents. J’ai toujours parlé aux gens dans ma vie. Mais je n’ai jamais rien écrit. Donc m’assoir et mettre des mots sur papier était terrifiant, c’est tellement personnel. Je me suis rendue compte que c’est très difficile.

EW : En tant qu’ambassadrice de bonne volonté des Nations Unies, vous avez visité de nombreuses régions en guerre. Qu’est ce qui vous a poussé à écrire cette histoire sur la guerre civile en ex-Yougoslavie ?

Jolie : Je suis très frustrée par le manque d’intervention dans le monde. J’ai passé les dix dernières années avec beaucoup de personnes qui ont vécu des guerres, et ces guerres ont duré si longtemps que la société a changé. Alors je me suis intéressée à cette question de savoir pourquoi nous avons laissé certaines crises se poursuivre pendant si longtemps sans une intervention appropriée. J’ai commencé à étudier la situation, à me renseigner sur l’histoire d’un pays dont je sentais que je devrais en apprendre davantage. Je me suis alors demandé, "Qu’est ce que j’aurais fait ? Qu’auraient fait mes amis ?"

EW : Et à travers ça, avez-vous découvert votre propre personnage ?

Jolie : Je pense que c’est l’une des choses que pourrait me dire un thérapeute et que je ne sais pas encore. [Rires] Je vais vous dire ceci : la chose dont tout le monde parle, et qui est d’ailleurs la pire chose qui arrive dans le film, est mon pire cauchemard personnel. Je ne peux pas en dire plus. Mais peut être que c’est ça mon personnage.

EW : Le film se déroule dans les Balkans, qui est un nom composé de deux mots turques "bal" et "kan", qui signifient "sang" et "miel". C’est un titre peu commun, mais lorsque vous savez cela, cela semble être un choix naturel pour une histoire douce-amère sur l’amour en pleine guerre.

Jolie : C’est exact. C’était en fait ma première idée, ce que je trouve intéressant. Puis vous hésitez et vous essayez de trouver un autre titre. Il semblait qu’il n’y avait aucun titre qui correspondait mieux.

EW : Vous avez fait deux versions de ce film, l’une en anglais et l’autre en bosniaque-croate-serbe. Pourquoi ?

Jolie : Personnellement, j’aime les histoires qui sont racontées et perçues comme dans la réalité. Dans le même temps, je connais beaucoup de personnes qui ne regardent pas certains films s’ils sont sous-titrés. Je voulais le rendre aussi accessible que possible pour tout le monde.

Pour ses débuts en tant que scénariste et réalisatrice, Angelina Jolie n’a pas choisi quelque chose de facile. "In the Land of Blood and Honey", un drame mélancolique qui se déroule pendant la guerre de Bosnie de 1992 à 1995, suit un serbe de religion chrétienne (Goran Kostic) et une bosniaque (Zana Marjanovic) dont les vies sont déchirées lorsque la violence éclate entre des groupes ethniques et religieux.

"Il s’agit de ce qui arrive aux gens, pas juste à un couple", explique Angelina Jolie, qui n’apparaît pas à l’écran. "Un père et un fils, des sœurs, une mère et un enfant, des amis. Ce qui advient de toutes ces relations lorsqu’on vit en pleine guerre – qu’il s’agisse de relations étroites, fortes ou d’amour".

Même aujourd’hui, la situation est toujours sensible et Angelina Jolie a presque perdu son droit de tournage en Bosnie lorsque de fausses rumeurs concernant le scénario ont fait surface. (le ministère de la culture du pays l’a finalement approuvé).

Ajouté à cela le fait qu’elle a tourné en anglais et dans la langue locale, deux versions du film seront donc disponibles. "J’ai eu le sentiment que je ne faisais pas à un film SUR des personnes", raconte-t-elle. "J’ai essayé de faire un film AVEC les personnes de ce pays".