Héroïne de 'Maléfique', relecture du conte de 'la Belle au bois dormant' par les Studios Disney, Angelina Jolie s'impose en guerrière. A l'écran, comme dans la vie.

C'est encore sa jeune partenaire, Elle Fanning, interprète de la princesse Aurore, qui résume le mieux son effet. Avant de la rencontrer, Angelina Jolie est d'abord un nom, avouons-le, intimidant. Puis, elle apparaît, incarnée, souriante et amicale. Magnétique. Dans le hall du Bristol, point de chute de toute sa famille pendant son séjour parisien, Brad Pitt, son compagnon depuis dix ans, vous a frôlé, sans que vous vous en rendiez compte ! A quelques minutes de l'entretien, les consignes tombent: interdiction de s'attarder sur leur futur mariage ou le choix radical de l'actrice de subir, il y a un an, une ablation des deux seins, en prévention d'un cancer dont elle portait les gènes. Une escorte patibulaire veille. En vain. Alors qu'on ose invoquer le spectre de la maladie, Angelina répond. Avec franchise. On regrette déjà que nos vingt minutes d'interview se soient écoulées.

Gala : Il y a encore une dizaine d'années, vous n'aviez pas vraiment le profil adéquat pour incarner une héroïne des Studios Disney. Qu'est-ce qui a finalement rendu légitime votre collaboration ?

Angelina Jolie : Le fait que je joue une méchante ! (Sourire) A seize ans, j'aurais sans doute accepté le rôle d'Aurore, mais plus dans la perspective de décrocher un job que par réelle identification au personnage. J'aurais été une princesse trop punk pour Disney. J'étais une adolescente très sombre. Je conserve des zones d'ombre et une certaine gravité. Mais avec le temps, j'ai appris à mettre mes colères et mes indignations au service des autres. Il s'agit de choisir les bonnes batailles.

Vous citez Maléfique comme votre personnage favori dans l'univers Disney depuis l'enfance. Comment expliquez-vous cette fascination ?

Je la trouvais séduisante, pleine de grâce et de force à la fois. Aux yeux des enfants, Maléfique est une figure maternelle, ils n'en soupçonnent pas la dangerosité. Aujourd'hui, elle m'apparaît d'autant plus intéressante que nous vivons tous dans la crainte d'être blessés par quelqu'un en qui nous avons confiance.

Vous éprouvez un plaisir manifeste à l'interpréter, à l'écran. Comme si sa cruauté ne vous était finalement pas si étrangère...

N'attendez pas de moi des aveux ! (Rires) Interpréter un méchant est assurément libérateur : enfin, vous pouvez défouler vos frustrations ! Mais l'idée du film était surtout de montrer ce qui pousse un individu à devenir mauvais. Maléfique bascule du côté obscur, suite à une trahison. En jetant un sort à l'innocente Aurore, elle satisfait son désir de vengeance dans un premier temps, mais il lui faut ensuite assumer les conséquences de cette malédiction... Le message est assez pédagogique. Les enfants sont invités à réfléchir sur la gestion de leurs émotions négatives après une humiliation.

Vos six enfants vous ont-ils aidée dans votre interprétation du personnage ?

Ils ont assisté aux différentes étapes de son élaboration physique. Bizarrement, mes deux derniers, Vivienne et Knox, étaient les plus fascinés par ma transformation. Pax, lui, ne supportait pas de me voir grimée. J'ai, pour ma part, redécouvert le plaisir enfantin du déguisement, au moment d'enfiler mon fourreau noir et ma coiffe cornue pour la scène du baptême. Mes accessoires étaient plutôt encombrants, je ne cessais de cogner mes cornes dans ma caravane et de coincer ma cane dans mes robes. Mais j'ai fini par m'amuser avec l'impérialité de Maléfique. Trouver sa voix fut un autre défi. Au départ, j'étais trop dans l'imitation du personnage animé. J'ai par la suite cherché à reproduire la diction de certaines comédiennes de théâtre britannique. C'est finalement en donnant un bain à mes enfants et en les voyant réagir à un essai de voix que j'ai saisi la bonne tonalité.

Votre fille Vivienne interprète la princesse Aurore enfant. Etait-il évident pour vous de la laisser apparaître dans le film ?

Sa participation n'était pas du tout prévue. J'effrayais tous les enfants dont je m'approchais. Toujours accrochée à sa maman, Vivienne, elle, n'était pas du tout intimidée par mon allure. Alors même que je lui glissais "je déteste les enfants" pour les besoins d'une scène, elle me souriait. Interpréter une princesse lui plaisait beaucoup. Au bout d'un moment, répéter les mêmes scènes, en respectant les mêmes marques, a tout de même fini par l'ennuyer. Avec Brad, nous avons dû la coacher.

A propos de Brad, en tant que productrice exécutive de 'Maléfique' vous n'avez jamais songé à lui accorder un rôle ?

Maléfique n'a pas de fiancé et le rôle du prince était déjà attribué, hélas ! Mais qu'importe, Brad est déjà un prince charmant dans la vie. C'est un compagnon merveilleux. Nous avons beaucoup discuté de mon rôle. Il était présent sur le tournage. Et alors que je vous parle, il s'occupe de nos enfants. J'aimerais bien évidemment tourner de nouveau avec lui, mais nous faisons déjà beaucoup les pitres pour notre tribu à la maison...

Internet vous dit sur le point d'incarner, dans un film que vous réaliseriez, deux époux partant en vacances afin de donner une dernière chance à leur couple...

C'est une histoire intéressante, je n'étais pas au courant. Mais non, il n'en est rien. J'aimerais, c'est vrai, diriger nos retrouvailles au cinéma. Mais je n'ai pas fini d'écrire le film qui pourrait nous réunir.

En tant qu'actrice, vous participez à de grosses productions. En tant que réalisatrice, vous signez des oeuvres plus pointues. Quel est votre rapport au succès ?

J'ai juste à coeur de faire du bon boulot. J'aime divertir. Mais si je dois consacrer deux ans de ma vie à un projet, comme c'est souvent le cas quand vous dirigez un film, je préfère que celui-ci m'instruise. L'histoire me passionne. Si j'ai dernièrement réalisé un film sur la Seconde Guerre mondiale, c'est parce qu'elle nous en apprend beaucoup sur le monde d'aujourd'hui. Mais le cinéma n'est pas une obsession. Je m'intéresse aussi très sérieusement à la politique, même si je sais que je ne serai jamais autant écoutée qu'en tant qu'actrice. Mes fils et filles rempliront peut-être des hautes fonctions à ma place. Je les sensibilise beaucoup à la géopolitique. Le plus important pour moi est d'être une bonne mère. Mes enfants ne vont pas tarder à aborder l'adolescence et j'ai déjà prévu de passer beaucoup plus de temps à leurs côtés, à la maison...

Porteuse de gênes défectueux, vous avez opté pour une double mastectomie préventive et vous vous apprêtez à subir une ovariectomie. La menace du cancer est votre malédiction ?

Une personne sur trois risque d'être atteinte par un cancer. Certains types de cancer affectent même une personne sur deux. Je n'ai jamais eu le sentiment que le sort s'acharnait sur moi. J'ai été gâtée par la vie, elle m'a offert de merveilleux enfants. Ma mère, elle, a eu beaucoup moins de chance: le cancer l'a emportée trop tôt pour qu'elle puisse connaître tous ses petits-enfants. Pour tout vous dire, j'ai l'impression d'avoir, bien au contraire, brisé une malédiction.

Source : Gala