Elle irradie dans "L'Echange", le dernier Clint Eastwood, mais se dit de moins en moins intéressée par sa carrière au cinéma. Elle préfère se consacrer, avec Brad Pitt, à ses enfants et aux grandes causes humanitaires. Rencontre à New York.

Au dix-huitième étage du Waldorf Astoria, une petite tour de Babel attend, extatique, la conférence de presse d’un duo d’anthologie. On vient de leur projeter "L’Échange", sublime opus hyperémotif de Clint Eastwood où l’on a kidnappé le petit garçon de la jolie Angelina. Concentration, sanglots : la tension internationale est extrême. Deux demi-dieux apparaissent alors, figeant les médias dans leur condition d’humbles mortels. Lui, immense, 78 ans mais en paraissant 60, sourire énigmatique, éternel cow-boy aux yeux bleus : "a touch of class". Elle, altière, buste généreux, moulée dans un simplissime ensemble pantalon blanc neige signé Ralph Lauren. Posée, elle irradie.

Madame Figaro. – Après tous vos voyages et votre bouleversant rôle dans "L’Échange, quelle est votre plus grande ambition ?

Angelina Jolie. – Vous allez rire : je n’ai plus de grande ambition comme actrice. J’en ai eu, plus jeune, mais aujourd’hui je me contenterai de faire encore quelques films et puis j’arrêterai.

Pourquoi ?

Me réveiller chaque jour avec Brad et mes six enfants, je ne connais pas de plus grand bonheur !

Plus de "red carpet" ?

Bien sûr, c’est agréable cette vie de star, mais j’aime surtout en rire. Je me souviens du tapis rouge de Cannes sur lequel mon fils a fait pipi pendant la montée des marches. Voilà l’anecdote la plus joyeuse du Festival, selon moi.

Petite, vous rêviez d’être une star ?

Une star, oui, mais au masculin. Je rêvais d’être Marlon Brando ! Vous savez, j’étais un vrai garçon manqué et je retrouve ça à l’identique chez ma fille Zahara. Elle aussi n’aime que les anti-héros. Dans notre jet, pour arriver ici, il y a eu beaucoup de turbulences et on visionnait "La Petite Sirène". Eh bien, au lieu de s’apitoyer sur le sort d’Ariel, elle s’adressait à la pieuvre-sorcière en lui disant : "Attention, là ça tangue fort, Ursula, accroche-toi pour ne pas tomber, vilaine femme !"

Quels sont les contes de fées que vous aimiez et ceux que vous racontez à vos enfants ?

J’adorais Peter Pan et je m’identifiais à lui. Certains de mes enfants ne sont pas blancs, et, si horrible que cela puisse paraître, il n’y a pas en 2008 de contes avec des princesses noires. Mes filles aiment bien Mulan, de Walt Disney, et elles trouvent que je ressemble à Blanche-Neige, qui n’est vraiment pas mon héroïne préférée.

Avez-vous conscience d’être passée du statut de jeune femme rebelle à celui de "mère universelle" ?

Oui, mais curieusement ma vie d’avant était beaucoup plus reposante, facile, sans danger, sans défi. Aujourd’hui, Brad et moi voyageons tout le temps, et les causes que nous défendons demandent pas mal de témérité. On me croit rangée, et c’est vrai, mais mon existence est un chaos perpétuel.

Avez-vous accompli tous vos rêves ?

Il m’en reste un, le plus beau : élever mes enfants. Je veux être là quand ils ont un cauchemar la nuit, afin de pouvoir mettre des mots sur leurs terreurs nocturnes. Ma mère, que je viens de perdre (NDLR : elle est morte d’un cancer l’été dernier), venait à tout moment à mon secours. C’était ma plus proche, ma plus fidèle amie, on s’est toujours tout dit, elle me manque cruellement.

Quelles sont les valeurs que vous voulez transmettre à vos enfants ?

Je veux qu’ils apprennent l’altruisme. J’ai mis un temps fou à comprendre que je n’étais pas le centre du monde. À Los Angeles, où j’ai grandi, je n’avais aucun sens de la misère humaine, je ne savais pas comment sortir de mon ego. Maintenant, je place toujours les autres avant moi. Je veux qu’eux aussi se sentent à l’aise partout aussi bien à Manhattan qu’à Addis-Abeba.

Sont-ils intrigués par votre célébrité et celle de leur père ?

Ils ne lisent pas la presse mais ils voient les bandes-annonces de nos films. Ce qui les intrigue, surtout, c’est qu’on veuille nous photographier tout le temps. Alors Brad et moi, on leur explique que les gens nous aiment tellement qu’ils voudraient tout connaître de nous. Et puis, pour leur faire comprendre notre métier, on se déguise tous à la maison et on joue des rôles. Dans ces moments-là, je me dis que la profession d’acteur est quand même assez facile !

Allez-vous vous marier avec Brad Pitt ?

Pour nous, ce n’est pas très important, notre famille nombreuse est déjà un contrat d’union bien plus fort. Mais les enfants sont conformistes, et il se peut que ce soient eux qui nous y poussent !

Source : Madame Figaro